NEW YORK - Le rêve américain est en train de s'écrire pour Yannick Nézet-Séguin.
Le chef d'orchestre québécois a fait des débuts remarqués cette semaine à New York, au Lincoln Center. Le prestigieux Metropolitan Opera vient de l'engager pour les cinq prochaines années et les grands journaux de la ville s'intéressent à cette star montante de la musique classique.
Yannick Nézet-Séguin a la voix de quelqu'un qui s'est couché tard. Il a fêté une bonne partie de la nuit après sa grande première newyorkaise. Il dirigeait l'orchestre du Festival Mostly Mozart, au Avery Fisher Hall. La preuve que l'on peut être un chef d'orchestre sérieux sans perdre son sens de la fête.
«On est très loin du mode de vie «sex, drugs and rock & roll», mais c'est très important pour moi de vivre ces moments», dit-il devant un double expresso, lové dans une banquette de velours rouge du chic hôtel Carlyle, dans le Upper East side. Il est habillé sobrement; un mince bracelet Cartier brille à son poignet. Le luxe dans les petits détails.
Difficile d'imaginer que la carrière internationale de Yannick a décollé en 2004, tellement il est en demande partout sur la planète, de l'Europe à l'Australie en passant par les États-Unis.
Il passe sa vie dans les avions, mais garde toujours un pied-à-terre à Montréal, où il dirige l'Orchestre Métropolitain depuis 2000 et vient de s'acheter une maison à Rotterdam, où il dirige l'Orchestre Philharmonique.
Une ovation et des éloges
New York restait un terrain à conquérir. C'est maintenant chose faite. Il a reçu une ovation et la foule new-yorkaise (reconnue comme étant agitée et bruyante) observait un silence monastique durant le concert.
Tous les critiques majeurs étaient présents. La directrice de la programmation artistique du Lincoln Center a parlé d’une première importante pour New York.
«J’ai encore de la difficulté à le croire», répond Yannick, le triomphe modeste. Je suis entré avec beaucoup de plaisir sur scène. Je me suis senti bien et très accueilli.»
Ce n’est que le début de cette aventure dans la Grosse Pomme. En décembre, il dirigera le Metropolitan Opera de New York dans une nouvelle production de Carmen.
Il dirigera un nouvel opéra chaque année pendant cinq ans pour la prestigieuse compagnie. «C’est énorme», glisse-t-il. Il sera aussi de retour à New York en février avec l’Orchestre Philharmonique de Rotterdam.
Un cyclone canadien Le jeune chef de 34 ans semble avoir déjà charmé la presse newyorkaise. Dimanche dernier, le New York Times lui a consacré un long portrait très flatteur avec comme titre: «Un cyclone canadien arrive en ville».
«Il vient, il dirige et on l’invite à nouveau», écrit le journaliste pour résumer sa carrière de conte de fées.
Le magazine Time Out lui a aussi consacré une page, on y parle de lui comme un des plus hot jeunes chefs d’orchestre. Fait cocasse, dans les deux papiers, on explique comment prononcer son nom de famille de la façon suivante: Nay-ZAY say-GHEN.
Le Wall Street Journal le rencontrait aussi, mercredi, pour un long portrait qui sera publié vers décembre. Yannick Nézet-Séguin absorbe ce tourbillon d’éloges avec humilité.
«Maintenant que je commence à être plus confortable, c’est là que je réalise toute la pression des deux trois dernières années, un nouvel orchestre après l’autre, toujours se prouver. Ça ne fait que commencer, mais je me sens dans ma vitesse de croisière.»