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La jeune vedette de l’été
Ernst P. Strobl - Salzburger Nachrichten (Les nouvelles de Salzbourg)
August 22, 2008

Éliette Von Karajan and Yannick Nézet-Séguin

Yannick Nézet-Séguin, un néophyte à ce festival, a d’emblée conquis les musiciens, le  public et les médias. Il a dirigé Roméo et Juliette [de Gounod] ainsi que la Grande Messe en ut mineur de Mozart.

Le chef d’orchestre fonceur, enjoué et charmeur a démontré un enthousiasme contagieux pour la musique de Mozart et une passion certaine pour les défis exigeants. Jeudi, l’église collégiale Saint-Pierre était déjà remplie à craquer lors de la répétition générale alors que le jeune chef d’orchestre Yannick Nézet-Séguin préparait la Grande Messe en ut mineur pour le spectacle de soirée du Festival. Ce fut merveilleux d’entendre la voix du soprano solo voler dans la nef de l’église et résonner contre la voûte, les bois accompagner en tourbillonnant le Et incarnatus est, le Gloria et le Credo s’amplifier pour devenir une profession de foi musicale. À cet instant précis, on a pu constater que le chef avait senti l’esprit des lieux où jadis Mozart lui-même avait dirigé cette messe inachevée, où Constance avait chanté le solo pour soprano et où le jeune couple avait cherché à se réconcilier avec Léopold, le père distant qui leur refusait cette idylle. Dans un entretien avec le journal Les Nouvelles de Salzbourg, Yannick Nézet-Séguin s’est dit impressionné par la magie du lieu. Il ne s’était jamais imaginé pouvoir diriger en cet endroit  une œuvre de Mozart.

Voilà donc une tradition qui se poursuit depuis des décennies et qui fut inaugurée par Bernhard Paumgartner : dans le cadre du Festival d’été nous est aussi offerte la possibilité d’un recueillement intérieur. Les musiciens de l’Orchestre du Mozarteum, qui ont atteint des sommets avec les représentations de l’opéra Roméo et Juliette de Gounod, grâce à la direction de Yannick Nézet-Séguin, ne tarissent pas d’éloges. On dit au sujet du jeune Canadien « qu’il en sait tellement » mais on ajoute aussi qu’il a « sa manière de faire » bien à lui. On ne peut qu’être en admiration devant le calme souverain qu’il a démontré dans l’alternance musicale entre Gounod et Mozart, deux compositeurs de nature totalement différente. Même les membres du chœur de Bach furent éblouis par sa méthode de travail méticuleuse mais enflammée et toujours affable.

Nézet-Séguin raconte que l’offre du Festival de Salzbourg de venir diriger l’opéra Roméo et Juliette est arrivée à l’improviste. Puis, elle fut suivie par une deuxième surprise : quelques jours plus tard, la Fondation du Mozarteum le contacta pour l’inviter à diriger la Grande Messe en ut mineur (chacune des deux institutions de Salzbourg ne sachant rien de l’offre faite par l’autre). Le chef se rappelle avoir chanté la Grande Messe lorsqu’il avait neuf ans et qu’il faisait partie d’un chœur de jeunes enfants. Avant la représentation d’hier, il n’avait dirigé que la cantate Davidde penitente dont Mozart réutilisera le matériau pour sa messe inachevée. Yannick Nézet-Séguin nous a dit que cela avait été un grand honneur d’avoir pu la diriger ici.       

Aimerait-il revenir à Salzbourg? « Sans aucun doute, cela serait merveilleux », dit-il. Jürgen Flimm (directeur du Festival) ne l’avait pas encore contacté au moment de l’entrevue pour une reprise de Roméo en 2010. Il (YNS) adore les relations à long terme et, malgré ses engagements comme chef de l’Orchestre philharmonique de Rotterdam et comme Principal chef invité du London Philarmonic, il demeure fidèle à « son » Orchestre Métropolitain du Grand Montréal.  

Il faut comprendre sa situation et démontrer une certaine indulgence à son égard, car il s’est « maintenant embarqué » dans un train qui file à toute vitesse. Et parce que son agenda est rempli jusqu’en 2011, la seule possibilité pour le Festival de Salzbourg de le revoir d’ici là serait de se montrer insistant et d’espérer qu’il accepte. De toutes façons, il reviendrait volontiers diriger l’orchestre du Mozarteum.

Ce qui est frappant lors des répétitions, c’est que le jeune chef d’orchestre – à la manière de Nikolaus Harnoncourt – donne de puissants repères aux musiciens. Et toujours au sujet d’Harnoncourt : deux solistes de la Messe en ut faisaient également partie de la distribution de l’opéra Idomeneo, mis en scène et dirigé par Harnoncourt et que l’on a pu voir dans la ville de Graz : il s’agit de la mezzo-soprano Marie-Claude Chappuis dans le rôle d’Idamante et du ténor Jeremy Ovenden dans celui d’Arbace; pour la Messe, ils chantaient aux côtés d’Ingela Bohlin et de Markus Werba.

Traduit de l’allemand par Elisabeth Morf et Louis Bouchard