Yannick Nézet-Séguin : Le chef qui avait tout à sa portée
Entrevue de Stéphan Bureau
Contact L’encyclopédie de la création
Présentée à Télé Québec le 17 janvier 2008
Du 24 au 31 janvier, vous pouvez revoir l'épisode sur Yannick à l'adresse suivante: http://contacttv.net/i_presentation.php?id_rubrique=528
DÉBUT DE L’INTERVIEW
Chapitre 1
Pour ce premier contact, Stéphan Bureau s’entretient avec Yannick Nézet-Séguin juste avant que le jeune chef entre en studio. Atmosphère fébrile...
S. Bureau : Yannick, vous êtes à 15 minutes d’un premier contact avec l’orchestre depuis que vous avez été nommé à sa tête, mais vous commencez officiellement que dans 18 mois.
Y. Nézet-Séguin : Oui.
SB : Vous allez enregistrer dans une quinzaine de minutes, est-ce qu’il y a un peu de nervosité ?
YNS : C’est un mélange d’émotions qui est un peu indigeste, mais qui est formidable en même temps. C’est parce qu’en même temps, c’est d’aller voir des musiciens, c’est de faire de la musique, je veux dire c’est ça que j’essaie de me dire, c’est pas différent, c’est du répertoire, du Ravel qu’on a fait ensemble, ça a été... grosso modo, cet enregistrement-là est le répertoire qui a servi, comme certains musiciens l’ont exprimé, il semblerait, c’est avec ce répertoire-là qu’on est tombé amoureux de lui.
SB : « Lui » étant ?
YNS : Alors, « lui » étant moi. [Rires]
SB : Le chef ?
YNS : Donc, c’est sûr que c’est tout simple, un enregistrement c’est toujours un peu stressant parce que c’est un enregistrement, mais en même temps, on a décidé de le faire pour que ça nous donne l’opportunité de travailler ensemble. Mais c’est sûr que si je m’arrête deux secondes, puis je me dis O.K., là, ils m’ont engagé à l’unanimité et là dans 15 minutes, il faut qu’ils se disent : on a une raison pour l’avoir engagé. Je veux pas qu’ils soient déçus, puis moi je veux pas non plus être déçu parce que je m’embarque dans une grande aventure.
SB : Voilà. Donc, vraies émotions ?
YNS : Ah oui, tellement excité, mais c’est ça, c’est comme un mariage, j’imagine que c’est un petit peu la même chose qu’au moment où on décide qu’on se marie. On a tout le temps qu’il faut, il faut le voir comme ça, il faut le voir comme ça.
SB : C’est vraiment l’esprit d’une première.
YNS : Oui, mais comme [...].
SB : Il y a des papillons dans le ventre de tout le monde.
YNS : C’est fou, mais je veux dire déjà il y a tellement de chaleur entre les musiciens, on dirait que je les connais plus que finalement je les connais pour vrai. Donc, c’est ça, c’est tellement beau, en même temps je suis sûr que je vais me sentir bien, mais en tout cas, je suis tout mêlé, là, présentement. [Rires]
SB : D’autant que le décalage est encore dans le corps, ça fait quoi, trois heures que vous êtes arrivé ?
YNS : Oui, oui, oui.
SB : Alors, c’est quand même extraordinaire, parce que ça donne une idée de ce que c’est que la vie d’un chef aujourd’hui. Vous êtes arrivé à trois heures de Montréal, vous enregistrez dans 10 minutes, sans répétition préalable, et ça sera retenu pour l’éternité si le disque est bon. C’est ça être un chef moderne ?
YNS : C’est ça.
SB : Avec la partition qui est là.
YNS : Ça... en fait, un chef moderne, je pense qu’on espère que ça va plus loin que ça, mais c’est vrai qu’il faut avoir un peu ces contraintes-là d’horaire, mais il faut pas que ça tombe dans l’inverse. Je veux dire, j’aurais pas pu arriver de l’avion il y a une heure et puis décider de repartir dans du répertoire que je connais pas. C’est là où toute la subtilité de l’organisation du temps pour que ça reste harmonieux, que ça reste sain à quelque part, là. Il faut que malgré [...]. C’est le paradoxe de beaucoup de gens aujourd’hui d’avoir tellement de moyens pour que finalement la vie soit plus facile, mais des fois ça nous la rend plus compliquée parce qu’on souhaite pas qu’elle soit plus compliquée.
SB : Est-ce qu’il y a encore des annotations ou des changements qui peuvent être faits à la partition à 10 minutes de l’entrée en scène ?
YNS : Il y a des découvertes, c’est parce que c’est riche ces choses-là. Alors, j’ai beau [...] La valse de Ravel, on commence par La valse. La valse, c’est peut-être la pièce que j’ai dirigée le plus dans les trois dernières années, puis il y a cinq minutes, j’ai découvert encore des nouveaux détails que j’avais pas vus dans une mélodie de violon avec des doigtés que... mon Dieu, il y a des harmoniques là, il y en a pas là quand ça revient. J’ai rencontré Michael, qui est le producer, le réalisateur de l’enregistrement, et lui aussi avait des questions sur les détails. Il paraît que les musiciens lui ont posé des questions toute la journée : pourquoi j’ai une liaison ici ? Pourquoi ? [...] C’est très excitant.
SB : Et est-ce que vous allez vous sentir un peu observé quand même ? Parce que les musiciens vont aussi pour la première fois vous voir depuis qu’ils ont voté à l’unanimité pour vous.
YNS : Oui. Observé, c’est sûr, mais je pense que tout le monde veut que ça marche. Donc, c’est ça que moi je me dis, moi aussi je vais, d’une certaine façon, les observer parce que... mais je pense qu’il faut pas trop penser à ça parce que sinon, on vient fou, parce qu’on se dit au moment de se rendre à l’autel du mariage et se dire : O.K., est-ce que j’ai vraiment bien fait, là, est-ce que cette personne-là qui est en face de moi, je veux passer le reste de ma vie, bon. Ici, on n’a pas l’aspect reste de la vie, mais on a au moins en tout cas cinq ans à passer ensemble.
SB : Oui, puis les chefs, ici, ils restent longtemps.
YNS : Oui, ils restent longtemps, puis mon souhait c’est de rester longtemps. Donc, c’est sûr que je suis plein de cette émotion-là, mais c’est la musique qui va répondre, il faut laisser parler la musique, il faut se parler en musique aussi.
SB : Donc, ça commence dans 10 minutes. Merde.
YNS : J’apprécie. [Rires]
FIN DE L’EXTRAIT
Pour acheter la transcription intégrale de cet entretien, rendez-vous sur contacttv.net
|