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L'ascension fulgurante du chef d'orchestre Yannick Nézet-Séguin

Le Monde, Paris
Renaud Machart
22 septembre 2010

L'histoire du Canadien Yannick Nézet-Séguin est une success story qui rappelle en de nombreux points celle de son confrère britannique Simon Rattle : un très jeune chef d'orchestre surdoué, charismatique, s'attache en 2000 (il est alors âgé de 25 ans) au service d'une formation modeste, méconnue (l'Orchestre métropolitain du Grand Montréal) ; travaille avec acharnement au service de la collectivité, se fait un nom qui bientôt circule et attise les convoitises.

En quelques années, le talent prometteur devient une coqueluche internationale ; est appelé à diriger tout ce que la planète compte d'orchestres et d'opéras de premier plan (il se produit au Festival de Salzbourg comme au Metropolitan Opera de New York) ; prend la même année, en 2008, la succession de Valery Gergiev à la tête de l'Orchestre philharmonique de Rotterdam et le poste de premier chef invité de l'Orchestre philharmonique de Londres ; se voit proposer, en 2010, le poste de directeur musical de l'illustre Orchestre de Philadelphie, dont il prendra les rênes en 2012. Voilà, à peine condensée, l'extraordinaire et fulgurante ascension de "Yannick", comme tout le monde appelle ce jeune homme vif et sympathique.

Il suffit de consulter, sur Internet (Yannicknezetseguin.com) le détail de son emploi du temps pour comprendre l'ampleur de son succès. Le 12 septembre, il était à Paris au Théâtre des Champs-Elysées (TCE), qui accueille cette saison l'Orchestre philharmonique de Rotterdam pour une résidence de trois concerts. Le 16, il est à Montréal avec le Métropolitain. Le 23 septembre, il est de retour à Paris, au TCE. Il travaillera quelques jours aux Pays-Bas avant de partir en tournée avec l'Orchestre de chambre d'Europe, de diriger l'Orchestre philharmonique de Berlin, de regagner Philadelphie puis New York pour les répétitions et les représentations de Don Carlo, de Verdi, au Met. Et ainsi de suite.

"Travailler en profondeur"
Quelle est la raison de cette apparente boulimie ? "La vérité est que je ne suis pas un dévoreur de contrats. Au contraire, j'aime travailler en profondeur, prendre le temps de "sentir" les orchestres que je dirige...", affirme le Canadien, rencontré en juin à Rotterdam après une séance d'enregistrement. "Il se trouve qu'au moment où Philadelphie m'a approché, j'avais accepté de nombreux engagements par de grands orchestres internationaux. J'avais aussi réservé des périodes à l'Orchestre métropolitain et accepté de diriger des opéras au Met et à la Scala", une activité qu'il adore et qui lui est essentielle. "Tout cela était prévu avant la proposition de Philadelphie. Je n'ai pas voulu annuler ce qui pouvait paraître de trop. Il me faudra donc vivre quelques longs mois d'intense activité pour "éponger" ce qui peut en effet apparaître comme un surcroît d'activité avant de retrouver un planning plus cohérent."

Restera-t-il fidèle au Métropolitain aussi longtemps que le fut Rattle à l'Orchestre de la ville de Birmingham ? "Evidemment, je ne pourrai pas le diriger autant que je le faisais à mes débuts, mais je tiens à garder ce lien très fort avec cet orchestre", affirme-t-il. (…)

On peut s'étonner que la France n'ait pas tout de suite saisi l'occasion de s'adjoindre les services d'un musicien aussi doué... "L'Orchestre national de France m'a fait très vite confiance, et je suis ravi de venir diriger au Théâtre des Champs-Elysées", répond assez diplomatiquement Nézet-Séguin. Mais lorsqu'on lui demande s'il aurait accepté le poste de directeur musical d'un orchestre français, il sourit sans répondre. Veut-il signifier qu'il aurait refusé ou que personne n'a songé à lui ? On n'en saura rien.

Ce qu'on sait, c'est que les managers d'orchestre français, si souvent et à juste titre brocardés par Pierre Boulez, ont, une fois de plus, fait la preuve de leur manque d'oreille et de nez. Yannick Nézet-Séguin est désormais inabordable et trop occupé.